A friend in need’s a friend indeed

Tous les matins, je pleure.

Chaque jour, les larmes coulent, parce que je suis rongé par la culpabilité. Celle d’être incapable de m’occuper d’un enfant de six ans, mon propre fils.

Que mes « démons » puissent le contaminer me terrifie. Parce qu’il est possible que les maladies mentales soient tout aussi contagieuses que les virus. Avouez-le : ça vous paraît irrationnel, voire délirant. Mais, tout de même, imaginez : Et si les pathologies psychiatriques se transmettaient par la parole, les idées, les concepts ? Vous y avez songé ? Savez-vous ce qu’est la mémétique ?

Mon fils a déjà cinquante pourcent de mes gènes. Peut-être les plus dangereux. Alors je ferai tout pour qu’il n’hérite pas de mon rapport à la réalité : depuis plus de vingt-cinq ans, presque chaque jour, je dois récapituler, comme un mantra, les raisons qu’il me reste de ne pas me tuer. Ces derniers mois, la liste se fait de plus en plus courte.

Bien-sûr, on me « soigne », mais les psychotropes administrés ne fonctionnent pas. Ais-je seulement été correctement diagnostiqué ? Mon psychiatre ne serait-il pas qu’un vulgaire dealer affublé d’un diplôme et de bonnes manières ?

Ce n’est pas lui qui m’aide à survivre ; ce sont mes proches. Souvent, je pense à vous qui, peu ou prou, avez contribué à m’empêcher de « passer à l’acte ». Parmi vous, quelques-uns sont morts, mais je sais que si vous étiez encore en vie, vous seriez toujours là, à m’encourager.

Ce soir, je veux vous rendre hommage. À ceux que j’aurais oublié, veuillez accepter mes excuses.

Un dilemme demeure : dans quel ordre présenter une telle liste ? Je ne peux pas me décider. J’aurais aimé m’en remettre au hasard mais — voyez-vous — le hasard n’existe pas. Alors, j’ai préféré laisser cette responsabilité au processeur de mon PC et à l’algorithme de Fisher-Yates.

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Dominique « Launey » Audoire — Jeanne Laulier — Catherine Gosselin — Jean-Pierre Leprévost — Michel Jeanne (†) — Sophie Chirle — Cedrick « Skippy » Richard — Françoise Jeanne — Émilie Constantin — Michaël Bellot — Sarah Groult — David Levaufre — Linda Chrétien — Aude Ferrand — Olaf Michel — Franck Duval — Harry Fossard — Pierre-Yves Buard — Catherine Lebarbenchon — John Bro — Valérie Fleury — Cédric « Paimpol » Leblond (†) — Jean-Philippe Rideau — André Jeanne — Nicolas Lecardonnel — Éva De Amorim — Helen Asquith — Alexandre — Jérôme Mathieu — Magalie Naudin — Danielle Bro (†) — Cédric « Max » Lecouvey — Laurent Eugénie

… À tous, merci1. Du fond du cœur.

 

  1. … Sauf, finalement, à celle qui a exigé que je retire son nom de cet hommage, celle qui ne souhaite manifestement pas qu’il soit fait publiquement état du lien qui nous lie, pour des raisons que je crains de comprendre.

… Et encore une

Puisque mon psychiatre faisait pression sur moi, sans succès, depuis des mois, pour que j’accepte un traitement de carbonate de lithium, mais que je me sens très mal en ce moment, j’ai fini par lui dire que j’y consentais, après avoir passé des heures à réfléchir au problème et à « accepter » les effets secondaires de cette molécule, à savoir une certaine « zombification ».

À ma grande surprise, son choix s’est finalement porté sur une autre molécule. Je ne suis pas certain de comprendre ce qui a motivé ce changement d’avis, mais il l’a justifié par le fait que le déficit des performances cognitives engendré par le lithium « ne me plairait pas ». Je me demande bien à qui ça pourrait plaire de devenir idiot. Le plus étonnant, c’est que lorsqu’il essayait de me convaincre d’adopter le lithium, il minimisait ce déficit cognitif.

Son choix s’est finalement porté sur une prescription de lamotrigine. Je dois commencer par un dosage quotidien de 25 mg, pour arriver progressivement, dans deux mois, à 100 mg. 25 mg seront ajoutés toutes les deux semaines.

lamotrigine

Cette molécule aurait des effets anticonvulsivants, thymorégulateurs et antidépresseurs, mais il faut attendre plusieurs semaines, voire des mois, avant que les effets se fassent sentir.

Li2CO3

… Ou carbonate de lithium. Je ne peux plus refuser d’essayer ce traitement plus longtemps ; c’est devenu une question de survie.

 

Portishead – Wandering Star

Tricky (cf. post précédent) m’a fait penser à Portishead. Il avaient utilisé le même sample d’Isaac Hayes pour Hell Is Round the Corner (Tricky) et Glory Box (Portishead).

Alors, voici un morceau de Portishead. Mon préféré.

 

Tricky – Hell is Round the Corner

I stand firm for our soil,
Lick a rock on foil.
They juice me, seduce me,
Dress me up in Stussy.
Hell is round the corner where I shelter.
Isms and schisms, we’re living helter skelter.
If you believe or deceive, common sense says you shouldn’t receive.
Let me take you down the corridors of my life.
And when you walk, do you walk to your preference?
No need to answer till I take further evidence.
I seem to need a reference to get resident.
A reference, to your preference, to say
I’m a good neighbor. I trudge,
So judge me for labor.
Lobotomy ensures my « good behavior ».
The constant struggle ensures my « insanity ».
Passing the ignorance ensures the struggle for my « family ».
We’re hungry, beware of our appetite.
Distant drums bring the news of a kill tonight.
The kill which I share with my passengers.
We take our fill, take our fill, take our fill.

I stand firm for our soil,
Lick a rock on foil
They juice me, seduce me,
Dress me up in Stussy.
Confused by different memories,
Details of Asian remedies,
Conversations of what’s become of enemies.
My brain thinks bomb-like,
So I listen he’s a calm type.
And as I grow, I grow collective.
Before the move, sit on the perspective.
Mr. Quaye1 lays in the crevice
And watches from the precipice

Imperial passage.
Heat from the sun some days slowly pass.
Until then, you « have to live » with yourself
(×2)
[…]

  1. La mère de Tricky, Maxine Quaye, s’est suicidée à cause de problèmes d’épilepsie. Adrian « Tricky » Thaws avait quatre ans.

Alice in Chains – Dirt

 

I have never felt such frustration
or lack of self control.
I want you to kill me
and dig me under; I wanna live no more.

One who doesn’t care is one who shouldn’t be.
I’ve tried to hide myself from what is wrong for me
… for me.

I want to taste dirty, a stinging pistol
in my mouth, on my tongue.
I want you to scrape me from the walls
and go crazy like you’ve made me.

One who doesn’t care is one who shouldn’t be.
I’ve tried to hide myself from what is wrong for me
… for me.
(×2)

You, you are so special
You have the talent to make me feel like dirt.
You, you use your talent to dig me under
and cover me with dirt.

One who doesn’t care is one who shouldn’t be.
I’ve tried to hide myself from what is wrong for me
. (×2)

Layne Staley (1967–2002), Dirt, Dirt, 1992.

 

Layne Staley

Layne Staley

Mad World

Il y a des jours, comme ça, où votre état mental n’est pas au plus haut, sans être totalement alarmant.

La journée passe, les emmerdes s’accumulent, vous devenez irritable, et un coup de fil tardif vous confirme que votre tante est atteinte d’un cancer du pancréas. Vous savez qu’elle est foutue. Elle le sait aussi et refuse de prendre tout traitement parce qu’elle est vieille et préfère partir sans la violence d’une chimiothérapie inutile. Vous respectez ça. Vous feriez pareil, même si c’était demain. Seulement voilà : elle refuse aussi tout antalgique, tout traitement palliatif, parce qu’elle est trop bête pour comprendre la différence entre le combat perdu d’avance de la chimio et la douceur d’un soulagement narcotique. Vous savez qu’elle souffre et souffrira encore, inutilement, par ignorance.

Je ne sais pas ce que ça m’inspire. Un mélange de tristesse et de pitié ? De colère et d’abattement ?

Après la conversation téléphonique, j’ai voulu écouter de la musique, mais je ne savais pas quoi. J’ai finalement choisi une reprise de Mad World, que je connais bien, interprétée par Gary Jules. Ne prenez pas la peine d’écouter la version originale de Tears for Fears ; elle est abominable. Cette reprise, par contre est « habitée » par quelque chose de fort.

 

 

Pour ceux que ça intéresseraient, le clip est un montage de quelques scènes de Donnie Darko, film que je considère comme un petit chef-d’œuvre, même si je sais que, s’il me touche autant, c’est avant tout pour des raisons très personnelles que je ne développerai pas. Sachez seulement qu’il serait dommage que vous vous arrêtiez au côté « teenage movie » de ce clip. Le film est bien plus profond, bien plus mystique qu’il n’y paraît. Vous devriez vraiment le regarder.

All around me are familiar faces
Worn out places, worn out faces
Bright and early for the daily races
Going nowhere, going nowhere
Their tears are filling up their glasses
No expression, no expression
Hide my head I wanna drown my sorrow
No tomorrow, no tomorrow
And I find it kind of funny
I find it kind of sad
The dreams in which I’m dying are the best I’ve ever had
I find it hard to tell you,
I find it hard to take
When people run in circles it’s a very, very
Mad world, mad world

Children waiting for the day they feel good
Happy birthday, happy birthday
And to feel the way that every child should
Sit and listen, sit and listen
Went to school and I was very nervous
No one knew me, no one knew me
Hello teacher tell me, what’s my lesson?
Look right through me, look right through me

And I find it kind of funny
I find it kind of sad
The dreams in which I’m dying are the best I’ve ever had
I find it hard to tell you,
I find it hard to take
When people run in circles it’s a very, very
Mad world, mad world
Enlarging your world, mad world

Une blague

… Malheureusement intraduisible en français :

A Buddhist monk, visiting NYC for the first time, walks up to a hot dog vendor, hands him a $20 bill and says : « Make me One with Everything. »
The vendor pockets the money and hands the Buddhist monk his hot dog.  The monk, after gobbling down the hot dog, asks for his change. The vendor looks at him and says: « Change comes from within. »

J’ai vu Christopher Hitchens raconter cette plaisanterie sur YouTube et l’ai trouvée hilarante, à l’époque. Parce que maintenant, je ne ris plus, sauf pour faire croire que je suis toujours .

Bonobo – The North Borders tour, Alexandra Palace, le 28 novembre 2014

J’ai trop parlé de violence, de douleur, de religion et de politique ces derniers jours.

Alors pour revenir à l’humanité, aux arts, à ce qui nous rassemble, voici un peu de musique.

… L’intégralité de la dernière date de la tournée « North Borders », de Bonobo (alias Simon Green), à l’Alexandra Palace de Londres ; vidéo officiellement publiée sur YouTube, pour ceux qui aiment sa musique ou voudraient la découvrir.

J’ai un faible pour les morceaux où Andreya Triana assure le chant :

  • Stay the Same (à 19:17)
  • The Keeper (à 1:39:19)

Failure to communicate?

Ça me passait par la tête…

Je suis toujours surpris que si peu de gens, autour de moi, aient vu « Luke la main froide » (Cool Hand Luke), un classique du cinéma, un de mes films préférés, sorti en 1967, avec Paul Newman dans le rôle principal.

Si vous ne l’avez jamais vu, regardez-le ! Si vous l’avez vu il y a longtemps, regardez-le à nouveau ! Enfin, si vous avez acheté le DVD ou le Blu-ray mais n’arrivez pas à remettre la main dessus, téléchargez-le !

Extrait du dialogue :

CAPTAIN: « You gonna get used to wearing them chains after a while, Luke. Don’t you never stop listening to them clinking, ’cause they gonna remind you what I been saying for your own good. »

LUKE: « I wish you’d stop being so good to me, Cap’n. »

CAPTAIN: « Don’t you ever talk that way to me. (pause, then hitting him) NEVER! NEVER! (Luke rolls down hill; to other prisoners) What we’ve got here is failure to communicate. Some men you just can’t reach. So you get what we had here last week, which is the way he wants it. Well, he gets it. I don’t like it any more than you men. »

… Je me demande vraiment pourquoi ça me passait par la tête en ce moment.

Oui, je suis ironique.